Monday, November 20, 2006

Nous sommes tous Libanais aujourd'hui

Pour ceux qui me l'ont demandé, voici un texte écrit au plus fort des moments difficiles que nous avons vécu cet été, avec le Liban.

"J'ai trouvé ce texte en suivant un lien sur le net.
("De Guernica à Cana en passant par..." que vous pouvez lire sur ce blog).

Vous savez qu'aujourd'hui mon coeur est déchiré par ce qui se passe au Proche-Orient et je n'ai pas beaucoup de moyen de hurler ma rage face à mon impuissance.
Alors, je me promène sur les blogs où se déversent les opinions, quelles qu'elles soient.

Ce texte rejoint ce que je pense mais je ne saurais jamais l'écrire aussi bien car je n'ai pas autant de connaissances historiques. Mais pour une fois que quelqu'un écrit ce que je pense, j'en profite.
Vous pouvez faire suivre si vous voulez, peut-être que cela peut faire réfléchir.

Quelqu'un a dit que l'histoire ne se répète pas mais qu'elle begaie.
Cela est tellement vrai quand on analyse les évènements, aussi bien l'actutalité dramatique du Proche-Orient que lorsqu'on sait que ce sont les descendants des esclaves de la traite négrière qui se réinstallent en Afrique et qui refont à leur profit les gestes des anciens négriers pendant que les descendants de ces derniers eux s'en démarquent.

Un monde horrible où les animaux au contact des hommes en deviennent agressifs !

L'homme des cavernes poursuit sa course pour posséder le territoire de l'autre...Et quand cela semble se passer sans heurts, c'est que pour un "certain" temps, les populations disent en choeur "merci not'bon maitre".
jusqu'au jour où... Ceux qui refusent de le dire seront châtiés.
Problème complexe, disons problème humain.

J'aime beaucoup ma belle-fille Maayane. Maayane est Française, de confession juive.
Elle rejoint une famille où se retrouvent plusieurs religions de ce monde, d'autres philosophies de vie. Sans oublier les athés. Egalement plusieurs origines raciales.
Demain, un bébé va naître dans notre famille, nous voulons lui souhaiter la bienvenue. Et pour cela, nous voulons continuer à vivre en paix.

Après la Côte d'Ivoire, le Liban. Une partie de ma famille se trouve actuellement sous les bombes au Liban. Je suis sans nouvelles de certains. D'autres ont été rapatriés ou vont être rapatriés.
Ma tante Marie, qui remplace ma mère aujourd'hui, a réussi à quitter Nabatiyeh pour fuir vers la Syrie. Elle a 80 ans.
Contrairement à ce que pensent nombre d'Israéliens de ceux qui ne partent pas, ma tante ne tient pas à sa maison dans le Sud-Liban parce qu'elle est pro-hezbollah. C'était tout ce qu'elle avait et elle ne veut pas s'en éloigner. Comment lui en vouloir ? A 80 ans, elle voit son avenir derrière elle. Alors ne lui parlez pas de sécurité.

Je ne connais pas bien cette région du monde mais j'y suis attachée. Les racines de ma mère y sont plantées. Les villes bombardées sont autant de repères familiaux pour moi. J'ai longtemps pleuré et je pleure encore la mort de ma mère mais aujourd'hui je suis heureuse qu'elle ne soit pas là pour voir, tant la Côte d'Ivoire que le Liban. Je prie "Mon" Dieu d'épargner ce pays. Mais je crois que mes prières sont vaines. Dieu n'existe que pour justifier les horreurs commises en son nom.

Malgré ma douleur pour le Liban, je ne considère pas Maayane et sa famille (qui devient ma famille), comme responsables de ce qui se passe au Liban, même si je pense que comme la majorité des juifs de ce monde, ils pensent sûrement autrement que moi.
Je fais également la différence entre le Hezbollah et la population libanaise.
Je ne serais pas libanaise, je ferais la même différence. Je demande au reste de ma famille et à mes amis de faire de même, malgré notre souffrance.
Je reste persuadée que toutes les familles du monde ressemblent ou ressembleront à la mienne et qu'il n'y a pas d'autre solution que la paix pour que vive la liberté de chacun.

Dans ce monde, quand on n'est pas d'accord avec les Israëliens, on est forcément pro-Hezbollah et c'est ça qui me met en colère.
Bien sûr que le Hezbollah est condamnable. Qu'ils cessent leur tirs de roquettes !
Mais le déluge de bombes qui ensevelit le Liban est encore plus urgent à arrêter.
Un cessez-le-feu immédiat, ça veut dire des deux côtés.

En attendant, les gouvernants israéliens sont parvenus à faire des combattants du Hezbollah, les héros de la résistance à l'"agresseur sioniste ".
Comme d'habitude, on renforce les extrémistes d'en face. Et cela me met aussi en colère.
Si j'étais israélienne, je demanderai à ceux qui ont pensé à cette stratégie et l'ont mise en place de démissionner tellement elle est débile.
Dans le journal "Le Monde" de ce jour, un pacifiste israélien dit : "On ne gagne pas contre une guérilla. Tout le monde sait cela, depuis Napoléon en Espagne et les Américains au Vietnam."
En terme de guérilla, le Vietnam, mais aussi l'Irak aurait dû faire réfléchir les Américains (qui ont poussé encore plus Israël dans cette guerre stupide) et éviter ce bain de sang. Mais bien sûr, ils sont les gendarmes du monde et ils sont les meilleurs n'est-ce pas !
L'Histoire n'est vraiment pas donneuse de leçons !

Et quoi dire sur l'aide humanitaire ? Personne ne se fait d'illusions, comme le dit un professeur libanais de confession chrétienne :
"Ce n'est pas avec des boîtes de lait ou des sacs de riz qu'on peut dédommager ces milliers de familles. Ce qu'elles ont enduré dépasse l'imaginable. Les voilà, les vraies victimes de la guerre, comme toujours, les civils. C'est ce qu'Israël ne semble pas comprendre, prenant le
risque de martyriser tout un peuple pour neutraliser quelques centaines de miliciens. C'est triste et c'est décourageant. J'ai l'impression que la majorité des Israéliens sont enfermés dans une sorte d'autisme qui les empêche d'envisager la souffrance de l'autre. Cela s'explique sans
doute par l'histoire du peuple juif, persécuté, pourchassé, réduit à se retrancher derrière les murailles de ses ghettos. Sortir de soi est décidément le plus long et le plus difficile des voyages. Le vrai obstacle à la paix aujourd'hui est que les Israéliens misent tout sur leur supériorité militaire et le soutien indéfectible des Etats-Unis. Cette conviction d'être les plus forts les dessert en leur donnant l'illusion de pouvoir imposer les règles du jeu. Or, c'est leur propre avenir qu'ils sont en train de compromettre. Voudrait-on creuser sa propre tombe qu'on ne s'y prendrait pas autrement. Cette épreuve a renforcé (en tout cas) mon attachement à ce
pauvre pays qui n'en finit pas de souffrir depuis des lustres. J'éprouve une tendresse infinie pour chacun de ces enfants déplacés qui sursautent au moindre bruit, pour chacun de ces vieillards qu'on a dû arracher de force à leurs biens et qui subissent aujourd'hui l'humiliation de tendre la main pour survivre. Les vieux et les enfants posent sur vous le même regard : un regard qui accuse, qui se méfie, qui a mal, qui fait mal. »

Cela vaut pour les familles du côté israélien.

Mc

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