Une chose est sûre
| En tant que "Français tout court", vous ne pouvez pas vous mettre à la place de ces gens que vous décrivez. Pour une seule et bonne raison : vous avez peut-être le même repère géographique et social (la France et votre jeunesse dans la cité) qu'eux (vos copains d'enfance). Mais vous n'avez pas leur vécu familial et le traumatisme que représente toujours à la base une vie entre plusieurs cultures. La vie d'un métis (qu'il le soit physiquement ou culturellement) n'est pas chose facile, surtout lorsque le seul endroit où il devrait se sentir comme les autres, l'école de la République, lui renvoie sa différence en permanence dès sa plus tendre enfance. Un questionnement permanent et beaucoup d'autres paramètres permettent de se dépasser pour se construire positivement. Alors oui, vous avez raison : ce n'est pas une raison pour devenir une racaille. Alors oui, vous avez raison, ce n'est pas uniquement parce que vous êtes un "Français tout court" que vous trouvez du boulot. Mais vous avez également tort. Un "Français d'origine..." devra se battre 10 fois plus que vous pour arriver au même résultat. Et s'il y arrive, on dira que c'est grâce aux quotas, et non à sa propre valeur. Vous, vous vivez sans vous poser de questions. Vous faites ce dont vous avez envie et vous menez votre vie comme vous l'entendez et vous avez bien raison. Mais c'est aussi cette liberté qui vous donne votre envie d'aller de l'avant. Votre copain en bas de l'escalier, lui, (et bien d'autres avec lui qui ne sont pas en bas de l'escalier), est obligé de s'en poser. Depuis sa venue au monde, il est contraint de s'en poser. Tout est plus difficile pour lui et rien ne coule de source. Son combat est quotidien pour exister. Et s'il ose se les poser tout haut, on lui répond que c'est forcément parce qu'il se considère comme victime. Je comprends votre colère face à Novembre 2005, j'ai ressenti la même. Pourtant moi, je suis "Française d'origine..." et je vis en banlieue. Mais je ne suis pas une "racaille". Je n'excuse pas la violence, quelle qu'en soit la cause, mais je refuse que l'on mélange tout. Un voyou reste un voyou. Mais vous qui vivez également en banlieue, vous ne devez pas céder au vocabulaire des médias et autres hommes politiques qui ont grossi les feux de poubelles. Vous ne devez pas céder non plus aux infractions de ceux qui ont profité du climat ambiant. Ceux-là sont des racailles, effectivement. Mais les autres ? Peut-être que dans votre cité, vos escaliers sont devenus des squats mais ce n'est pas une raison pour penser qu'il en est de même partout. Peut-être que ceux qui sont dans votre escalier sont des racailles, mais le sont-ils tous ? Et pourquoi le sont-ils devenus ? Si ce sont vos copains d'enfance, qu'est-ce qu'ils ont vécu que VOUS n'avez pas vécu ? Et si votre environnement est devenu aussi excécrable, pourquoi y revenez-vous ? Je ne vous demande pas de trouver une solution, ce n'est pas dans vos possibilités et vos attributions. Mais plutôt que de vous enfuir durant des mois, je vous propose de réfléchir et d'observer. Je ne vous demande pas de tout excuser mais d'écouter, sans juger. "Séparer le bon grain de l'ivraie" comme dirait un livre saint et vous verrez la situation, non plus dans sa globalité affligeante mais dans son humanité différente. Vous n'aurez peut-être plus de crainte à traverser votre escalier quand vous vous apercevrez que ces jeunes qui vous font si peur jouent juste le rôle que vous leur attribuez, vous savez, comme dans les films où les serviteurs sont toujours des noirs avec l'accent "ti nèg" répondant à son "misié". La seule chance que nous offre la vie est celle du Libre arbitre. Tout le monde n'a pas l'intelligence de la saisir. Vous, vous l'avez, soyez généreux et faites preuve de tolérance envers ceux qui en valent la peine. Ne les condamnez pas d'emblée. Vous les poussez vers les extrêmes. Regardez-les autrement et vous les verrez autrement. Crismy (contribution sur le site "Place Publique" 2006) |

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